Entretien croisé avec Matthieu Delahais et Bruno Colombari, auteurs de "Un maillot, une légende".

Publié en novembre 2020, l'ouvrage "Un maillot, une légende" (Ed. Solar) raconte l'histoire du maillot de l'équipe de France à travers les époques, les générations et les compétitions. Entretien croisé avec les auteurs Matthieu Delahais, Bruno Colombari.


Comment est né cette idée d’un livre sur les maillots de l’EDF ?

Matthieu Delahais : Le maillot est, à mes yeux, quelque chose qui vient forcément à l’esprit lorsque l’on pense à l’équipe de France. L’actualité sur le sujet a été riche ces dernières années, entre l’arrivée de Nike en 2010, les étoiles de champion du monde en 1998 puis 2018, le retour d’un maillot rouge en 2008 ou l’apparition des marnière ces dernières années. Il n’y avait aucun livre qui traitait de ce sujet et il me semblait que c’était un manque. D’autant plus qu’après quelques recherches, il s’est avéré qu’il y avait beaucoup de choses à raconter même lors des toutes premières années de l’histoire de l’équipe de France.


Bruno Colombari : Matthieu avait travaillé sur un manuscrit depuis longtemps, bien avant le Dico des Bleus. Quand Solar a accepté sa proposition, fin 2019, il m’a demandé si je voulais le reprendre avec lui, car la demande de l’éditeur était différente de ce qu’il avait fait, et qu’il fallait de toute façon actualiser et compléter.



Période, nombres de matchs joués, anecdotes… Comment avez-vous fait pour avoir autant de détails sur chaque maillot ?

MD : Nous avons commencé par dresser la liste des matches en y associant les maillots utilisés grâce aux photos trouvées dans la presse ou les livres spécialisés. Puis nous avons travaillé en collaboration avec la FFF qui nous a aidé à valider nos infos et à les compléter. Pour les années les plus récentes les infos étaient assez simples à trouver. Mais pour les années les plus anciennes, les archives de la FFF ainsi que Gallica et ses archives ont été d’une aide précieuse. Elles nous ont permis de voir entre autres que certaines pratiques marketing que l’on pensait n’exister que depuis quelques années se pratiquaient déjà il y a plus de cent ans.


BC : Parfois, la vidéo nous est venue en aide, pour vérifier qu’un maillot avait été remplacé par un autre à la mi-temps (contre la Juventus, en 1980) ou pour retrouver le match où les Français ont utilisé pour la première fois un maillot avec un numéro dans le dos.


Est-ce un prétexte pour raconter l’histoire de l’EDF ?

MD : Oui et même un peu plus que cela. Nous avons pu raconter les grands moments de l’histoire de l’équipe de France, mettre en avant certaines anecdotes oubliées, corriger certaines erreurs comme la date de l’apparition du coq ou des numéros sur les maillots. Mais c’est aussi près de 120 d’histoire et d’évolution de la société que l’on retrouve dans ce livre. Par exemple, le second maillot a été rouge jusqu’aux années 60 où il est passé au blanc avec l’apparition de la télévision. Il était important d’avoir des couleurs qui contrastaient lors des retransmissions en noir et blanc.


BC : Bien sûr. L’histoire des Bleus a bientôt 120 ans et il existe plein de portes d’entrée pour y accéder. C’est d’ailleurs ce qu’on avait fait avec le Dico des Bleus, ce que je fais aussi chaque jour sur mon site Chroniques bleues, auquel Matthieu collabore d’ailleurs.



Matthieu Delahais et Bruno Colombari.


A partir des maillots, peut-on distinguer des grandes périodes de cette histoire ?

MD : Cela permet surtout de voir l’histoire de l’équipe de France, mais aussi l’évolution de notre société. Entre 1904 et 1918, la tenue a évolué en fonction de l’instance qui gérait l’équipe de France. Il a d’abord été blanc puis bleu lorsque l’USFSA (Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques) était en charge de la sélection, puis c’est devenu un maillot blanc à fines rayures bleues et large col rouge lors que le CFI (Comité Français Interfédéral) a repris les choses en main. Lorsque la FFF a été créée en 1919, elle a imposé le maillot bleu qui a très peu évolué jusqu’aux années 1960. Ce n’est qu’avec l’apparition de la télévision à la fin des années 50 et le début des années 60 que l’on commencé à voir le maillot évoluer un peu (apparition de tour de col ou poignets tricolores, simplification du coq qui devient doré…). A la fin des années 1970, les maillots ont commencé à se vendre auprès du grand public. Il ne fallait donc plus seulement que les équipements soient esthétiques, mais il fallait aussi qu’ils changent souvent pour se vendre plus souvent.


BC : pour moi, l’essentiel est que le maillot des Bleus reste vierge de sponsor, ce qui n’est pas le cas d’autres sports collectifs comme le volley, le hand, le basket et même le rugby. Mais depuis 1920, il est de plus en plus chargé : le coq, puis le numéro, puis l’équipementier, le nom du joueur, le patch de champion du monde, les étoiles…


Avez-vous un maillot préféré ?

MD : La réponse dépend de la sensibilité et des goûts de chacun. Mais pour avoir étudié chacun des maillots portés par nos internationaux, j’ai sans doute une bonne vision d’ensemble. Mon maillot préféré est celui de 1998, avec l’étoile de champion du monde. Mais c’est sans doute plus les souvenirs qui y sont liés que son apparence qui me fait aimer ce maillot. C’est avec cette tenue que nous sommes devenus champions du monde pour la première fois, mais aussi champions d’Europe 14 ans plus tôt avec une tenue quasi identique. La tenue de la coupe du monde 2014 me plaisait bien aussi. Là, c’est l’aspect simplicité que je mettrai en avant. C’était le genre de maillot qui faisait presque plus polo que tenue de foot. Dans les tenues les plus anciennes, le maillot de la période CFI, dont j’ai parlé plus haut, ou celui des années 1950 sont aussi très beaux.


BC : mon préféré est sans aucun doute celui de 1984, à la fois très sobre et original, avec une version blanche en couleurs inversées. Ensuite vient celui de 2000, et celui de 1982 avec les fines rayures verticales. Le seul Nike que j’ai bien aimé est le collector de mars 2019, pour les cent ans de la FFF, qui ressemblait à celui de 1958. Dommage qu’il n’ait servi qu’une fois.


Michel Platini avec le maillot de 1984 et Zinedine Zidane avec le maillot de 1998




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